Apprentie globe-trotteuse

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Apprentie globe-trotteuse

Le voyage solo au féminin, ou l’art de tenter sa chance.

Me voilà perdue.

Au beau milieu de nulle part. À l’autre bout du monde.

Un peu de contexte.

Dans les rues de Yogyakarta, Indonésie, toute fraîchement débarquée et parée pour la grande aventure. J’essaye de me fondre dans le paysage, mais rien n’y fait. Mon statut de bule – « touriste blanc » en bahasa indonesia – est juste impossible à cacher. On m’avait bien prévenu : je suis une cible facile.

Le concept est super bien marqueté d’ailleurs. On nous vend d’innombrables accessoires à la mode, supposés duper les pickpockets et escrocs en tous genres. Exemple : le porte-monnaie secret fabriqué à partir d’une bouteille de shampooing vide. Super pratique, et surtout super super discret..

Notre communauté de petits explorateurs modernes semble largement divisée en deux camps sur la question du voyage solo au féminin : ceux qui trouvent ça fantastique et ceux qui trouvent ça carrément irresponsable.

Moi j’avais décidé d’y aller sans trop d’a priori. J’avais pas envie de vivre le voyage dans la peur et le stress, je me suis pas tapé 25 heures d’avion pour ça.

Parce que ce n’est pas du courage, pas de l’inconscience. C’est pas être une effrontée que de prendre son sac à dos en ignorant les mises en garde. Partir loin et partir seule, c’est simplement tenter sa chance.

Hello stranger !

Confiante donc dans les petites ruelles, même si avec ma peau blanche et mes bouclettes je ne fais clairement pas illusion, je rencontre mon inconnu. Homme, Javanais, une bonne quarantaine. Il m’aborde en usant des trois mots d’anglais qui composent son vocabulaire et me sourit jusqu’aux oreilles. C’est d’ailleurs typique des gens du coin, ils ont l’air franchement sympa. Du coup, c’est tenant, on a envie de faire confiance.

Il me propose de m’emmener visiter la vieille ville et ses petits coins secrets. Ça pourrait sentir l’embrouille, ça pourrait même super mal tourner. On échange peu, barrière de la langue oblige, mais quand il tourne à droite, je lui emboîte le pas.

En tentant ma chance, je lui laisse la sienne.

Au détour d’une minuscule ruelle, je découvre l’envers du décor du palais d’été – où je comprends que mon inconnu travaille la moitié de la semaine, mais pas ce jour-là – et les dômes du temple sous-terrain du Taman Sari.

C’est désert, pas l’ombre d’un bule, et il me laisse m’imprégner des lieux. Il me raconte que ce petit bassin permettait au sultan d’accueillir discretos sa favorite en lui laissant une fleur rose devant sa porte. Et cet arbre a été planté par ses sujets pour la naissance de son premier fils. On se comprend à peine et pourtant j’apprends tellement de ce pays, de son histoire, de ses traditions. Ses expressions, le ton de sa voix, ses gestes, ça suffit. Les silences sont des moments de respect où il me laisse vivre le moment présent. Il n’essaye pas de m’impressionner, de me charmer ou de commercer. Il partage ce qu’il aça s’arrête là. Et c’est tout ce dont j’avais besoin.

En sortant du palais, il m’emmène chez un de ses copains artisan-créateur de marionnettes. Au détour d’une énième allée du grand labyrinthe yogyakartien il m’explique – en gestes, forcement – la technique, la symbolique de cet art extraordinaire qu’est le théâtre d’ombre. Ces petites marionnettes dont on ne distingue que les ombres sont en fait minutieusement peintes. Je comprends que chaque couleur, chaque symbole compte. Tout fait sens. Mais le plus extraordinaire, c’est comment il parvient à m’émerveiller, à me faire vivre son art, finalement sans presque rien me dire. Tellement heureux de me montrer son travail, on se serait presque fait un câlin en se quittant, mon nouvel inconnu et moi.

Grâce à ces deux-là, j’ai vécu une journée magique. Probablement une de celles dont je me souviendrai longtemps.

Un des innombrables exemples que j’utiliserai pour démontrer que parfois, faire confiance à des inconnus, ça peut vraiment en valoir la peine.

Alyo.

Photographies prisent a Suyabaya et Yogyakarta, Java, Indonésie.

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