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Série 2.

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La ligne et le pigment

 

3 artistes 3 œuvres, une étude croisée éclairant des connexions et révélant un codex à émotions.

 

Série 2

Serge N. Kozintsev, sans titre, photo tirée de « The Smoky Issue » publiée par les Others, média d’inspiration outdoor/voyages/photos 
Ellis O’COnnor, dessin tiré de la série The Fading Light, 2015
Kyung Hee Jeong, Fly the Memory, 2005

 

Au creux de l’hiver, même si le redoux se fait sentir, chez DECOnnexion, on ne résiste pas au charme des paysages blancs, des cimes enneigées et à la morsure du froid. On vous emmène en excursion dans les univers d’Ellis O’Connor, Serge Kozintsev et Kyung Hee Jeong.
Présentation des artistes.
L’exercice de confrontation est délicat car ces 3 artistes possèdent des propos et des finalités artistiques bien différents. Pour la peintre et dessinatrice coréenne Kyung Hee Jeong, la mémoire est l’enjeu principal de son travail, elle explore les liens entre passé et présent par le biais d’une figure récurrente : la libellule (dont on aperçoit les ailes dans Fly the Memory). En revanche, la nature est la source d’inspiration principale du photographe russe Kozintsev et de la plasticienne écossaise Ellis O’Connor. Le premier cherche à capter l’originalité et l’essence complexe de notre planète, en photographiant des lieux hors des circuits traditionnels, alors que la seconde documente en « 2D* » les flux glaciers au nord du globe, pour militer contre les changements climatiques et la fonte des pôles.

Là-haut.
En regardant les trois œuvres, une même dynamique transparait : plusieurs lignes de force** ascendantes partent de la droite pour s’élever vers la gauche de l’image. On ne peut s‘empêcher d’éprouver un sentiment d’élévation, de flottement.
Par le choix d’une prise de vue aérienne et en contreplongée, le spectateur est directement transporté dans les airs avec Kozintsev, quelque part au dessus de la province du Kamtchatka (province à l’extrémité est de la Russie, sur la ceinture du Pacifique). Admiré depuis le ciel, perdu au milieu d’une immensité montagneuse et enneigée, entouré de brouillards et de fumées qui brouillent la ligne d’horizon, un volcan entre en éruption.
Alors qu’elle affirme les contours d’un glacier grâce à la vigueur de ses traits noirs, Ellis O’connor ne révèle presque rien de son environnement. Le ciel et le sol sont à peine différenciés, vite fait esquissés grâce à quelques traits pâlement colorés. Sans bases solides, les sommets et arêtes semblent flotter dans le vide et l’œil se laisse entraîner à l’ascension.
Changement de forme pour l’artiste coréenne Kyung Hee Jeong! L’évocation des hauteurs, de l’élévation ne passe plus par la représentation de monts mais par la présence plus poétique et délicate d’ailes de libellule. Pour « Fly the memory », l’artiste choisit de représenter deux pieds, chacun ancré sur une aile membraneuse et transparente. L’arrière plan est laissé vierge : est-ce le sol, est-ce le ciel? L’homme est-t-il posé sur la terre en attendant son envol ou est-il déjà en suspension? Est-ce la fusion de deux éléments symboliques : pieds/sol/racines et ailes/air/cimes ? A chacun de s’y projeter.
Presqu’en noir et blanc.
Une même gamme de couleurs tout en nuances de blanc et de noir se retrouve dans les trois œuvres.
Chez Kozintsev, la majorité de l’image est composée du gris/blanc des fumées, du ciel et de la chaine de montagnes qui contraste avec le noir de la lave fondue. Rouge sang, verticale, seule l’explosion se démarque fortement de son environnement. Dans the fading light (littéralement traduisible par « à la tombée du jour »), O’Connor utilise des nuances de blanc et de bleu qu’elle voile de petites touches rose pour évoquer la lumière déclinante du jour. Le contour des glaciers, cerclé de noir, se détache ainsi de l’horizon.
Puisant son inspiration dans la calligraphie, Kyung Hee Jeong n’emploie que des pigments noirs (fusain, encre ou peinture) qu’elle applique directement sur la surface brute. Le blanc cassé de l’arrière plan est naturel. Il provient de la couleur du hanji, un papier traditionnel coréen issu d’un savoir-faire millénaire, qu’elle utilise exclusivement. Via le fond et la forme, la démarche de l’artiste s’articule autour de cette notion de mémoire.

*utilisation de médiums tels que gravure, peinture, dessin, photographie… pas de sculptures, de reliefs ou d’œuvres en volume.
**Lignes de force : ce sont les lignes principales (verticales, horizontales ou courbes) qui organisent une image. Imaginaires, il faut les reconstituer mentalement en repérant des objets, des personnages qui sont placés sur une « même ligne » ou en suivant des indices (traits, marquages, composition) laissés par l’artiste. Elles peuvent être crées par des détails: le corps d’un personnage, le geste d’un bras, une main, une pente, une lampe, un vêtement, un arbre, (ou parl’artiste. Elles peuvent être crées par des détails: le corps d’un personnage, le geste d’un bras, une main, une pente, une lampe, un vêtement, un arbre, (ou par des couleurs qui tranchent du reste) …

 

 

Ellis O’COnnor, dessin tiré de la série The Fading Light, 2015

 

Serge N. Kozintsev, sans titre, photo tirée de « The Smoky Issue » Les Others magazine

 

Kyung Hee Jeong, Fly the Memory, 2005

 

Zoom sur… Ellis O’Connor, une artiste engagée pour la planète.

Écossaise d’origine, Ellis O’Connor milite contre les bouleversements environnementaux. Travaillant généralement sur du grand format, elle superpose des couches de peinture et d’encre pour évoquer des paysages géomorphiques. Elle réinterprète ainsi les formes et les textures de la nature tout en gommant la figure humaine, pour que le visiteur se projette à l’intérieur et qu’il comprenne que ce n’est pas un paysage « vide » mais remplit des éléments terrestres qui permettent la vie. Utilisation du langage visuel pour éveiller la conscience, le sens des responsabilités environnementales chez le spectateur.
Le dessin sélectionné pour la Ligne et le pigment est tiré du projet « The Fading Light » suite à une résidence de 6 mois à Ólafsfjörður dans le nord de l’Islande. Le projet consistait à documenter les changements constants des paysages arctiques. « Ma peinture sert à se souvenir des flux de paysages, honorant leur transition pour inspirer notre communauté afin de prendre action pour notre futur. En produisant ce travail, j’espère donner aux gens une chance de se reconnecter avec les paysages afin de respecter la nature encore sauvage, cultiver une meilleure compréhension de la planète et inspirer les autres pour faire la différence. »1
Chez DECOnnexion, on soutient ce genre de projet et on vous encourage à visiter son site web,en cliquant  ici.

 

 

 

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