pigment - ligne - art - histoire - analyse- bleue

Série 4

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La ligne et le pigment

A l’instar d’un musée, d’une galerie ou d’un théâtre, DECOnnexion design se lance à la recherche de pépites artistiques et vous les partage. En résumé : 3 œuvres – 3 artistes – Des connexions ! Chaque article sera l’occasion de pousser un peu plus loin notre perception visuelle, d’affuter nos regards, d’aiguiser nos sens.
3 artistes 3 œuvres, une étude croisée éclairant des connexions et révélant un codex à émotions.

pigment - ligne - art - histoire - analyse- bleue

Série 4

An extra Pair of hands, 2013, Peter Holst Henckel

Boule réfléchissante (Ariane), 2013, Jeff Koons

Binary germination 3, 2016, Gary Kaleda

Pour cette 4ème série de la ligne et le pigment, DECOnnexion présente les travaux récents de 3 artistes où les lignes et le champ chromatique du bleu s’entremêlent.

Peter Holst Henckel (1966-) est un artiste pluridisciplinaire danois qui mélange esthétique, politique et poésie. A travers ses œuvres, entre expression simple et conceptualité complexe, il donne une lecture personnelle des évènements qui l’entoure.
Le new yorkais Gary Kaleda (1966-) est un artiste numérique connu pour avoir été le premier à utiliser les QR codes dans ses peintures (observez le en bas à droite). Il explore les relations entre humanité et technologie, joue sur les peurs sous-jacentes et les incertitudes soulevées par l’ère numérique.
Quant à Jeff Koons (1955-), artiste reconnu internationalement, il se pose en héritier du pop art et manie le kitsh comme marque artistique. Pour gazing ball, il emprunte un objet de décoration lambda dans les jardins américains et le dépose sur une copie de statut antique, mettant sur le même plan objet quotidien et œuvre d’art gréco-romaine.

Mélange de lignes

A la lecture formelle des trois œuvres, on remarque que la multiplication des lignes occupe une part importante dans la construction graphique. Le plissé des drapés de la robe d’Ariane répond aux lignes sinueuses de Binary germination et aux délimitations des carrés et des traits de crayons de Peter Holtz Henckel. Jeff Koons joue du contraste entre la simplicité de la sphère brillante et les nombreux effets du tissu. L’environnement de l’œuvre s’y reflète créant de nouvelles lignes mouvantes, déformées par la surface réfléchissante.

La figure humaine est aussi présente dans les trois œuvres. De manière figurative pour l’Ariane de Koons et le poing fermé de Peter Holst Henckel ; et évocative pour Gary Kaleda dont les formes évoquent la représentation des muscles sur les planches anatomiques.

Autour du bleu, sa place dans l’histoire de l’art

Autre lien évident des ces trois œuvres est l’utilisation du bleu par chacun des artistes. Anodine et commune maintenant, cette couleur découle cependant d’une longue histoire symbolique et technique. L’usage du bleu peut, en effet, selon les périodes, être aussi bien le symbole de la barbarie que celui de la civilisation la plus raffinée. Inconnu aux périodes préhistoriques et peu utilisé dans l’antiquité (sauf chez les celtes qui se peignaient le corps en bleu avant de livrer bataille contre les romains), sauf chez les perses, les égyptiens et les chinois pour qui cette couleur représentait le raffinement (dû à son procédé de fabrication qui consistait à concasser des pierres semi-précieuses pour obtenir le pigment).
En Europe, le bleu s’introduit dans les arts à partir du XIIe siècle pour évoquer le paradis et devient symbole de pureté, de spiritualité (la lumière divine) de puissance et de sérénité. Il est utilisé principalement pour l’iconographie mariale et s’invite dans les armoiries royales (la fleur de lys sur champ azur) puis nobles, et bourgeoises (XVe s), pour finir comme couleur « à la mode » au 18e siècle. Cette évolution du bleu finira comme couleur du rêve, de l’entente et de la paix au XXe (l’ONU, l’Europe…) et sera même l’objet de recherches picturales spécifiques (les monochromes d’Yves Klein, 1960). Les conventions, les sensibilités et l’évolution des connaissances interviennent dans la façon de considérer le bleu en fonction des époques. Le bleu est très codifié selon le pays ou le moment dans l’histoire. Au XXIe siècle, cette couleur est devenue commune et déclinée dans de nombreuses nuances.
(Pour lire le développement de toutes les étapes et les connexions socio-culturelles voir l’excellent ouvrage de Michel Pastoureau, Bleu, histoire d’une couleur, publié en 2000 par les éditions Le Seuil)

En juin, ne manquez pas la prochaine série de la Ligne et le pigment pour DECOnnexion.

A. R.

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