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Série 5

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La ligne et le pigment

A l’instar d’un musée, d’une galerie ou d’un théâtre, DECOnnexion design se lance à la recherche de pépites artistiques et vous les partage. En résumé : 3 œuvres – 3 artistes – Des connexions ! Chaque article sera l’occasion de pousser un peu plus loin notre perception visuelle, d’affûter nos regards, d’aiguiser nos sens.

3 artistes 3 œuvres, une étude croisée éclairant des connexions et révélant un codex à émotions.

 

Série 5

 

Alain URRUTIA (1981- ), Alienation III, huile sur toile, 2014

Thomas DANTHONY (1988 – ), œuvre issue de la serie N, encre et graphite sur papier, 2016

Edward STEICHEN (1879-1973), le miroir, 1905

 

Pour cette rubrique hivernale de la ligne et le pigment, DECOnnexion design sélectionne les œuvres d’Alain Urrutia, de Thomas Danthony et d’Edward Steichen. Respectivement peintre, illustrateur et photographe, leurs travaux en noir et blanc placent la femme au cœur du sujet.

 

Bref aperçu de la représentation féminine dans le paysage artistique.

 

La représentation féminine jalonne l’histoire de l’art. Modèle ou sujet, la femme a toujours été une source d’inspiration pour les artistes. Si l’ont devait brièvement résumer cette histoire, il faudrait remonter au Néolithique où de nombreuses statuettes féminines aux courbes et attributs féminins exacerbés ont été retrouvées comme la célèbre Venus de Willendorf. Considérées comme des symboles de fécondité et de fertilité, la femme y était « célébrée » pour sa fonction nourricière et maternelle. Avec le développement des sociétés, notamment des croyances et des mythologies, déesses et héroïnes apparaissent dans l’art (Isis, Ishtar, Diane, Héra…). Et, alors que les représentations féminines se multiplient (avec en parallèle l’idée d’un idéal physique à atteindre) pour rendre grâce aux panthéons, des scènes plus intimes évoquent la femme dans des rôles de bonne épouse et de mère au foyer. Le Moyen-Âge confine la femme dans ces derniers rôles en accentuant l’idée de pureté/chasteté (la Vierge, les saintes), diabolisant le nu. Les siècles suivants voient refleurir les nus féminins sous couvert de scènes mythologiques, d’allégories : les artistes érotisent les corps et mettent en avant sensualité et volupté, le sujet n’étant que prétexte. Enfin, la femme comme sujet artistique pur est amorcé à la fin du XIXe avec le courant réaliste bien que la grande majorité de la production artistique d’alors ne cesse de vouloir la contextualiser (scène de famille pour évoquer douceur, maternité ; des scènes intérieures pour entrer dans l’intimité…)

En 1902, Steichen met en scène un thème récurrent associé à la femme : la toilette. Il photographie une femme drapée dans un linge, aux épaules dénudées, face à son miroir (attribut des vanités), dévoilant le bas de son visage et la naissance de sa poitrine (érotisation) Au XX et XXIe, la femme et notamment son corps continue d’être érotisé dans la culture populaire mais une vraie réflexion est menée dans l’art sur la position féminine. Chez Urrutia et Danthony, la femme n’a plus besoin de prétexte ou de contexte pour exister ( même zi le titre Aliénation pourrait être plus approfondie).

 

La nuque est un mystère pour l’œil – Paul Valéry.

 

Mystère et nuque, deux mots choisis chez Paul Valéry et illustrant parfaitement le sentiment qui s’empare du spectateur à la vue des 3 œuvres. Plan serré sur trois dos de femme, cheveux attachés laissant apparaître la nuque (de manière plus ou moins dévoilée), sans fond identifiable, sans existence de marqueur social ou d’attributs pour contextualiser ces scènes, sauf un miroir. Qui sont ces femmes dont on ne distingue pas les visages ? Que nous disent-elles ?

A égale composition, les trois artistes ne suscitent pas les mêmes émotions chez le spectateur. Urrutia et Danthony sont dans une recherche plastique où le sens importe plus que le motif pictural. Chez Steichen, le corps de la femme et son pouvoir attractif sont mis en avant. Il est dévoilé, le drap glisse sur ses épaules, sa nudité est suggérée et la mise en scène souligne la sensualité du modèle grâce au miroir qui laisse entrevoir le cou et la bouche du modèle. La nuque, point de convergence des lignes de forces entraînent le regard sur ce lieu de désir à fort pouvoir érotique (notamment dans la société nippone, les geishas offraient symboliquement leur nuque).

 

Une esthétique rétro.

Esthétiquement, les productions d’Alain Urrutia et de Steichen sont proches. Malgré 110 ans d’écart et une technique différente, on retrouve chez les deux artistes cette attention particulière portée à la lumière, au cadrage et la volontaire absence de netteté des contours. Ce flou rappelle l’esthétique particulière des œuvres pictorialistes* (dont Steichen était l’un des chefs de file) où les photographes transformaient le réel à l’aide d’effets picturaux notamment brumeux et vaporeux. Danthony, quant à lui, puise son inspiration dans l’univers visuel du début du XXe siècle. Attiré par les illustrations rétro, l’artiste utilise les aplats de couleurs, les contrastes et les formes arrondies pour structurer ses œuvres.

Ce style néo-rétro est repris par de nombreux artistes contemporains (affiche publicitaire, une de presse…) Clin d’œil au travail de Malika Favre dont l’une des collaborations déco a été mise à l’honneur dans notre rubrique sélection de DECOnnexion et découvrez son univers dans ce documentaire. Petit quizz saurez-vous retrouver quel artiste se rapproche de cette série avec son oeuvre présente à l’exposition Circulation qui a lieu en ce moment à Paris au 104 ?

Retrouvez DECOnnexion Design pour une prochaine rubrique.

A.R.

Pictorialisme : Ce premier mouvement artistique en photographie, débuté dans les années 1890, a contribué à légitimer cette « technique » en tant qu’art en explorant les genres artistiques traditionnellement lié à la peinture (portrait, paysages, scènes mythologiques…) et en ajoutant le « geste artistique » à la production de l’image.

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