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Série 7

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La ligne et le pigment

 

A l’instar d’un musée, d’une galerie ou d’un théâtre, DECOnnexion design se lance à la recherche de pépites artistiques et vous les partage. En résumé : 3 œuvres – 3 artistes – Des connexions ! Chaque article sera l’occasion de pousser un peu plus loin notre perception visuelle, d’affûter nos regards, d’aiguiser nos sens.

3 artistes 3 œuvres, une étude croisée éclairant des connexions et révélant un codex à émotions.

 

Série 7

Jeremy Mann (1979- ) Night Rains in San Francisco, 2016, huile sur toile.

Vigilism (Olalekan Jeyifous ) et Ikiré Jones (Walé Oyéjidé) Idumota Market, Lagos 2081 A.D., de la série Our Africa 2081 A.D, 2014

Steampunk HQ (Don Patterson, J. Kennedy, Jac Grenfell and Brian de Geest, collaboration avec Angus Muir (architecte spatial) Infinity Portal, 2011.

Après quelques mois d’absence, la ligne et le pigment reprend la plume de l’écriture avec une septième rubrique pour DECOnnexion.

Comme toujours, 3 œuvres, 3 artistes mis en parallèle pour une recherche picturale, thématique dans la même direction. Aujourd’hui, les 3 exemples se tournent vers la ville et l’espace, les lumières et les fascinations qu’elles exercent. De la peinture géométrisée et futuriste de Vigilism (Olalekan Jeyifous) & d’Ikiré Jones (Walé Oyéjidé) à l’ultra réalisme de Jeremy Mann en passant par l’expérience lumineuse du caisson de Steampunk HQ, chaque œuvre interroge notre rapport à l’espace et notre attrait pour ces univers remuant de lumières, de vies ; ces fascinants faisceaux.

 

Lumière et couleurs de l’espace

La ville est une thématique plutôt récurrente chez Jeremy Mann. Issue de la série Cityscape, Night rain in San Franscisco retranscrit l’ambiance de la ville après la pluie. L’artiste y révèle son atmosphère particulière : le miroitement des sols et la réverbération des halos lumineux des phares, les chaussées mouillées et les néons flous, les silhouettes des passants se pressant sur les trottoirs. Baigné dans l’obscurité, avec seulement quelques points lumineux, l’espace urbain est marqué d’une gamme colorée sombre.

Le plasticien Vigilism imagine une série d’œuvres Our Africa AD servant de mythe fondateur et de lookbook à la marque du designer nigérian Ikiré Jones. Projetées dans un futur proche, des métropoles africaines mélangent des architectures et véhicules retro-futuristes avec des éléments plus traditionnels tout en présentant les looks du styliste. Idumota Market, Lagos 2081 AD affiche une palette chaude, fourmillante de tons ocre/jaune traduisant la lumière crue et la chaleur écrasante régnant dans la capitale nigériane, tranchant avec l’univers de Jeremy Mann.

A ces deux œuvres où la lumière et la couleur tiennent une part importante, répondent les centaines de leds clignotantes de l’Infinity Portal. Cette installation est composée d’une passerelle permettant au visiteur de se rendre au centre du caisson, de larges miroirs du sol au plafond et de centaines d’ampoules en suspens dans l’espace. Porté par les lumières scintillantes au rythme de la musique, perdu dans ses repères spatio-temporels, le visiteur expérimente un voyage vers d’autres dimensions.

 

Des œuvres immersives.

Dans les trois œuvres, le spectateur est invité à une immersion au cœur même de l’espace proposé par les artistes, projeté physiquement vers le centre grâce à la passerelle ou encouragé par la perspective , les lignes de forces partant du milieu des peintures. Ce cheminement est encadré, guidé par des lignes verticales symbolisées par l’architecture ou le système d’accrochage. Pris au piège, happé par les lignes et les hachures, le visiteur est entraîné dans l’œuvre. De chaque côté d’un point de fuite central, l’atmosphère de la ville / de l’espace est révélée par la subjectivité de l’artiste.

L’effervescence économique des villes, le bouillonnement culturel attirent chaque année des milliers de nouveaux habitants, conduisant à une explosion démographique et à une expansion urbaine.

A Lagos, la hauteur des grattes ciels aux lignes futuristes, les engins volants et la foule du marché en arrière plan retranscrivent la croissance spectaculaire de la ville, tournée vers la modernité tout en conservant l’identité et les différents aspects de la société africaine actuelle. Mais cette expansion a un prix comme le rappelle le romancier et journaliste nigérian Helon Habila comparant La réputation urbaine de Lagos à « une bête sauvage prête à vous dévorer ».

Loin des clichés sur la dynamique métropole californienne, le pinceau de Jeremy Mann révèle une face plus sombre, plus mélancolique de San Francisco. Les contours flous de hautes tours et des bâtiments sur les cotés, les trombes d’eau déversées sur la ville, donnant une impression de rayures/hachures sur le paysage comme un pelage urbain. La vie est introduite par des silhouettes humaines peintes comme des masses sombres, informes qui se fondent dans la jungle urbaine ; noyées, cachées et vite oubliées.

Loin de tout rapport au terrestre et au réel, l’Infinity Portal invite chaque rêveur à projeter ces fantasmes dans chaque lumière comme autant de microcosmes, d’utopie ou de dystopie, de possibles mondes et de nouvelles dimensions. L’occasion de vivre une expérience sensorielle féérique à la limite du cosmique.

 

Peu importe la réalité géographique, tangible de notre monde ; la perception humaine se retrouve bercée de fantasme, d’attraits, de dégoûts, de nostalgie, de rejet, d’inspirations, d’espoirs… résultant de filtres culturels, sociaux, économiques et psychologiques *. Ces représentations se retrouvent retranscrites par les artistes à travers leurs œuvres. Place est laissée au spectateur de trouver sa propre réalité.

A.R pour DECOnnexion

 

* A. Bailly, « La perception de l’espace urbain » 1977

 

 

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Vigilism (Olalekan Jeyifous ) et Ikiré Jones (Walé Oyéjidé) Idumota Market, Lagos 2081 A.D., de la série Our Africa 2081 A.D, 2014

 

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Jeremy Mann (1979- ) Night Rains in San Francisco, 2016, huile sur toile.

 

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Steampunk HQ (Don Patterson, J. Kennedy, Jac Grenfell and Brian de Geest, collaboration avec Angus Muir (architecte spatial) Infinity Portal, 2011.

 

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